04/13 Vieillesse : une organisation collective pour plus de souffrances individuelles

Hervé bellut

 

 

 

Notre société est sérieusement malade. Elle souffre d’une hypertrophie de la valorisation égotique. La seule période de la vie qui soit vraiment mise en avant est celle des 25-65 ans, avec une harcelante invitation à tout réussir. Même les quinquas doivent se comporter comme des jeunes, actifs, séduisants, consommateurs et jouisseurs. Toute autre priorité est mise de côté… Notamment les enfants et les vieux…

Et c’est bien là que le bât blesse. Que vaut donc une société qui ne s’occupe plus guère de ses enfants et qui met ses vieux en institution, parqués, parfois même attachés et drogués pour qu’ils ne viennent plus ternir l’image brillante d’une société aseptisée et artificialisée ?

Pourtant, il y a là une grosse erreur de calcul, même si on se place sur le point de vue très égoïste de la qualité de notre vie, présente et future. En effet, seul l’instant présent compte pour ce qui est du bien-être. Cette affirmation semble une simple tautologie, et pourtant ses conséquences sont implacables. Allez demander à un vieux qui souffre et passe sa journée à attendre s’il n’échangerait pas quelques instants de bonheur de son passé contre plus de bien-être au présent ?

On a tendance, lorsqu’on est jeune et bien portant, à penser que cet état durera toujours. Et bien souvent à mépriser un peu ces vieux qui se plaignent tout le temps. Après tout, se dit-on, ils ont eu leur temps. Soit, mais qu’est-ce qui peut nous faire croire, puisqu’ils sont si nombreux à se plaindre, que nous ne serons pas au même stade à leur âge ? S’ils se plaignent, c’est qu’ils trouvent cela légitime. Et il y a donc fort à parier que nous ressentirons alors la même chose. Or, la société ne nous invite pas à préparer la fin de vie avec sagesse, vers cette individuation menant à la sénescence, mais au contraire à chevaucher le plus longtemps possible l’illusoire licorne de l’ego, qui s’effondrera brutalement avec nos capacités, physiques et psychiques, menant immanquablement à la redoutable sénilité.

A y regarder de près, on peut tirer deux conclusions :

D’une part, effectivement, notre société est bien malade, et le traitement infligé à nos ainés en est un signe évident.

Mais d’autre part, cela signifie qu’on ne se prépare pas suffisamment à vieillir, comme si nous n’allions jamais être concernés, ni par la solitude, ni par le vieillissement, ni par la mort.

Ces trois questions ont pourtant été l’objet de réflexions en tous sens par des générations de sages, mystiques et philosophes.

Aurions-nous la mémoire courte, ou préférons-nous nous voiler la face ?

Heureusement, il n’est jamais trop tard. Les nombreuses crises que nous traversons aux différents âges de la vie sont autant d’opportunités de se remettre en cause et d’aborder les vraies questions que nous devons nous poser.

A partir de là, les voies ne manquent pas. Il suffit d’un peu de curiosité, d’une bonne dose de courage et, si la foi peut s’y mêler, ça ne rend l’aventure que plus confortable.

Bon cheminement

 

Hervé

Le cyclamen Blanc

Kundalini yoga, stages et ateliers "éveil des consciences et Joie de vivre"

 

Commentaires  

 
0 #1 abdelbaki 05-04-2013 12:30
Merci Hervé pour cette belle reflexion ! Par contre, je crois que l'enfant est quand même au coeur de notre société (parfois trop !) et à contrario effectivement des personnes âgées...
A nous d'équilibrer tout ça !...

Réponse Hervé : L'enfant roi manque effectivement souvent de cadrage. Mais justement, quelle place est faite à ceux qui s'occupent des générations à venir ? Ce devrait être l'élite de nos sociétés qui s'en charge. Est-ce le cas ? Les métiers de l'éducation ou l'animation pour les jeunes sont-ils les plus prestigieux, au point d'attirer les meilleurs ?
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