Plus belle la vie en maison de retraite 3 N essayez pas de les comprendre

  Plus belle la vie en maison de retraite : N’essayez pas de les comprendre

 

Avant-hier, en quittant la maison de retraite, j’ai discuté avec un membre de l’encadrement qui me disait : « Le problème, c’est qu’on n’arrive pas à les comprendre, et ça peut les blesser ». Il parlait bien sûr des résidents atteints de la maladie d’Alzheimer, auprès de qui j’interviens pour les faire s’amuser et chanter durant une heure plusieurs fois chaque semaine.

J’y ai réfléchi en rentrant chez moi sur mon vélo, et me suis rendu compte qu’en fait, je ne cherche pas à les comprendre. J’y ai renoncé très vite, en réalisant à quel point leur langage est incohérent et qu’essayer de le décoder revenait à se placer sur le plan cérébral, et m’éloignait de toute possibilité de contact réel avec eux. Ils m’ont fait comprendre qu’en réalité, c’est comme si nous avions trois cerveaux, situés au niveau de la tête, du cœur, et du ventre. Le premier est utilisé pour analyser, parler, comprendre, c’est le centre intellectuel. Le deuxième, au niveau du cœur (4° chakra) est le lieu de l’affectif, des sentiments, tandis que le troisième, au niveau du ventre (3° chakra), est le maître des émotions et des peurs. C’est la première chose qui m’a surprise lorsque j’ai commencé à travailler avec eux, il y a deux ans. Malgré l’incohérence de leurs propos, j’ai très rapidement détecté des comportements très proches de ce que j’ai l’habitude d’observer et de décoder dans les groupes. Il s’agit de tout ce qui correspond à la grégarité, à savoir les prises de pouvoir, les agressivités, les alliances et les soutiens, la chaleur ou la froideur des relations… C’est même plus net et plus facile à décoder que dans les rapports sociaux classiques, ou chacun s’avance masqué. L’impression que cela me donnait, c’est que chez eux, le cerveau de la tête dysfonctionnait, alors que les autres, au contraire, étaient très exploités, à la manière d’un aveugle qui développe ses autres sens pour compenser l’absence de vue.

Si on se rappelle que, dans la communication, le verbal ne représente qu’environ 7%, le reste passant à travers le ton de la voix (~30%) et la gestuelle, on se rend compte qu’il reste 93% à décoder lorsque les mots deviennent incohérent. Pourtant, la tentation est grande de rester sur le plan de la logique, du sens des mots, comme s’ils nous rassuraient, comme si se situer au niveau de la tête nous évitait de regarder ce que le contact nous fait au cœur et au ventre, sur les plans affectifs et émotionnels.

En cela, ces résidents un peu spéciaux m’apprennent beaucoup et m’interpellent sur ce vaste projet dont je parlais dans la petite citation de Confucius (voir statut du 6 septembre) : comment développer un extracteur de joie utilisable dans tous les milieux. J’y travaille avec ces personnes, et c’est une très belle leçon pour laquelle je les remercie chaleureusement.

 

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