edito de mai quel avenir pour nos activités

Quel avenir pour les activités économiques (1/4) ?

Sinistrose versus enthousiasme

QUELLE ambiance !!! C’est sinistre. A écouter, lire ou regarder les medias on se croirait à un enterrement. « Une nouvelle entreprise française annonce des licenciements sur fond de délocalisation », « l’industrie française est en train de mourir !» « Nous allons perdre notre niveau de vie !!! » etc.

Nous recevons en permanence ce type de message décourageant. On a l’impression de voir un groupe de jardiniers affairés à essayer de sauver un mimosa qui a pris le gel l’hiver dernier, alors qu’il serait bien plus judicieux de s’occuper de toutes ces nouvelles pousses qui émergent au printemps. Elles vont constituer l’avenir et ils ne les voient même pas. C’est comme regarder l’avenir dans le rétroviseur, ce n’est pas très efficace. La nature ne fait pas marche arrière. Les dauphins, bien que très lointains descendants d’animaux marins respirant dans l’eau avec des branchies, ont choisi une autre stratégie  pour retourner à l’eau ; en tant que mammifères, ils se sont adaptés, et nous devons faire pareil.

Il est vrai que le climat économique n’incite guère à l’optimisme. La montée du chômage, les crises financières, les destructions d’emploi ou de secteurs industriels plus rapides que l’émergence de nouveaux produits et services, tout cela ajoute à une morosité ambiante qui s’autoalimente. En effet, la perte de confiance dans les lendemains incite à ne pas dépenser, ce qui bloque la consommation. Les lois censées protéger un domaine activent régulièrement les effets opposés, se traduisant par plus de dégâts que d’amélioration, sans compter l’extrême complexité et la lourdeur qui rendent toute tentative d’évolution vouée à un échec ou à un « flop » mou, à la façon d’un caillou tombant dans la boue, sans perspective de rebond. L’économie est malade, la croissance n’existe plus. Des secteurs entiers sont moribonds.

Comment faire le lien entre ces petites morts que nous observons et l’émergence du nouveau. Quelle forme pourrait prendre ce dernier ?

Plutôt que de chercher une solution avec le nez sur le tableau de bord, à la façon des ingénieurs de la centrale nucléaire de Three Mile Island lors de l’incident grave du 28 mars 1979, submergés par des alarmes se succédant les unes aux autres, nous allons prendre un peu de recul pour essayer de voir émerger un dessin global dans ce gribouillage inextricable.

Rappelons-nous  que notre moteur, individuel comme collectif, est la recherche du bonheur. Cela passe par la satisfaction des besoins, depuis les plus basiques, manger, avoir chaud, jusqu’aux plus subtils, s’éveiller spirituellement, en passant par des intermédiaires comme se cultiver, discuter, partager, voire passer une bonne soirée entre amis devant un match de football à la télévision.

Au niveau individuel, la voie est assez bien tracée, encore qu’il ne faut pas rester bloqué sur des étages intermédiaires. Plusieurs référentiels existent, comme la fameuse pyramide des besoins d’Abraham Maslow ou, en plus exotique, comme certaines voies orientales, par exemple la montée de l’énergie kundalini, image reprise par le caducée des médecins. On retrouve dans les voies orientales, sans surprise, nos fondamentaux. D’abord les besoins primaires, qui garantissent la survie, puis des impératifs moins urgents qui sont importants sur le long terme. Les relations amicales sont secondaires lorsqu’il est question de se nourrir pour survivre, et manger même devient secondaire pour celui qui se noie, respirer devenant la fonction primordiale. Chaque individu trouve ses solutions pour vivre en satisfaisant au maximum ses besoins, puis ses désirs, dans une exploration qui peut être sans fin. Lorsque les besoins sont satisfaits et se transforment en désir, ils peuvent se comporter en abominables tyrans, nous faisant perdre tout discernement. Cette recherche du bonheur fonctionne à la manière d'une fusée à étages basée sur des variables antagonistes. Nous passons un certain temps focalisé sur un type de besoin, puis nous devons passer au suivant, faute de quoi l'effet obtenu devient une détérioration du mieux-être au lieu d'une amélioration. Les variables antagonistes sont des grandeurs qui croissent en même temps au début, puis évoluent dans des directions opposées. C'est le cas pour la nourriture et la santé. La nourriture est indispensable pour être en bonne santé. Ces deux éléments grandissent en même temps au début, notamment dans les conditions de disette ou de famine. Dans une situation de faim, plus on se nourrit, mieux on est. Mais c'est vrai jusqu'à un certain point. Nous voyons bien qu'il existe une limite. Nous savons aujourd'hui, qu'à partir d'un certain seuil, l'augmentation de la nourriture entraîne une dégradation de la santé. Le nombre d'obèses dans nos sociétés les plus organisées en est le résultat.

Revenons à présent au sujet qui nous intéresse, à savoir le fonctionnement collectif, en imaginant des scénarios pour le futur et en extrapolant passé et présent.

Au niveau collectif, nous nous sommes organisés. D’abord pour nous nourrir, avec l’émergence de l’holocène. Cela fait dix mille ans que l’homme est passé du statut de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur. Bien que la production agricole de la France soit bien supérieure à ce qu’elle était il y a un siècle, nous n’aurions pas l’idée de considérer que nous sommes aujourd’hui dans un pays agricole. L’ère industrielle a succédé à l’ère agricole, avec la création de biens manufacturés, démarrée il y a un peu moins de deux siècles.

Nous savons maintenant que les productions agricoles et manufacturières sont grandes consommatrices de ressources primaires et que leur impact écologique n’est pas neutre. Nous allons devoir considérer qu’il serait suicidaire, au niveau mondial, de compter sur la continuité d’une croissance de ces secteurs, ce qui se traduirait par une ruine écologique. C’est une option que nous ne pouvons pas continuer à suivre dans une planète limitée. Il n’en est pas moins vrai que tout le monde voulant avoir sa part de bonheur, les pays émergeants souhaitent eux aussi leur part du gâteau. Et sans changement de stratégie, nous courrons à la catastrophe.

Retournons donc à nos fondamentaux : la recherche du bonheur. Confortablement installés, ne souffrant ni du froid, ni du chaud, ni de la faim, ni du danger immédiat, nous avons continué notre recherche et notre évolution. Après les ères agricole et industrielle, place à l’ère de la communication. Il y a là un espoir : la communication est le produit de l’information et ne consomme pas de ressources primaires. Est-ce que cela suffirait à enrayer cette course délétère à la consommation ?

Pas vraiment car il subsiste deux problèmes majeurs.

D’une part, l’appétence de l’être humain pour les produits manufacturés ne semble pas diminuer. Dans les sociétés avancées, pour les plus favorisés, mais également pour la majorité, c’est même plus qu’une appétence, c’est carrément une avidité : vastes maisons, voitures puissantes, voyages,… Il ne semble pas se dessiner un point d’inflexion vers une transition choisie plutôt que subie. Même un Français « moyen » dispose d’une voiture, d’une machine à laver, d’une ou plusieurs télévisions, d’ordinateurs… Soit un niveau de confort matériel bien au-dessus de ce qu’auraient osé rêver ses grands-parents. Et sans pour autant baigner dans le bonheur qu’auraient imaginé ces mêmes grands-parents avec tant d’abondance, ce qu’ils ne pouvaient pas concevoir.

Nous y voilà. Nous sommes dans cette société d’abondance dont l’imminence avait déjà alerté certains philosophes en matière de gestion psychologique. L’absence de pression[1] se traduisant facilement par la dé-pression, notre société produit également en grande quantité des dépressifs, des malades, et même des personnes suicidaires.

Avons-nous manqué quelque chose ou sommes-nous juste en transition ?

Nous le verrons lors du prochain article

 

Hervé Bellut, professeur de kundalini yoga et thérapeute,
auteur du livre l'éveil des consciences, transition vers une nouvelle ère, éditions Dangles.
Note : Ce texte peut être diffusé et reproduit, à condition de ne pas le modifier et d’en signaler la source.
Pour recevoir notre newsletter, inscrivez-vous sur le site www.yogatoulouse.org

Hervé Bellut 

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[1] Nous parlons ici de pression réelle, mettant effectivement en danger de survie. Il est constaté que la dépression n’existe pas dans les pays où la survie est menacée, que ce soit par la guerre, les famines ou la dureté des conditions de vie.

 

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